J. pour Je pense à toi Paris

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J’ai mis quelques jours avant de coucher sur cette page l’émotion contenue depuis 72 heures… Au départ, je trouvais cela déplacé d’écrire un article et de partager ma peine alors que certaines personnes pleurent leurs défunts. Mais ça ne va pas, je me sens perdue et l’écriture a toujours été ma plus fidèle alliée dans les moments de désarroi.

Je ne sais pas bien par où commencer… Je vais me présenter. Je trouve cela important de se présenter (n’hésitez pas à en faire autant dans les commentaires).

Je m’appelle Laura, j’ai 31 ans et je vis rue Alibert, dans le 10ème. J’imagine que vous avez entendu parler de cette rue, plutôt méconnue il y a encore quelques heures. Je travaille très souvent au Carillon, le petit bar en bas de chez moi; les propriétaires sont très gentils et me rendent souvent service. Je craque aussi toutes les semaines pour les rouleaux de printemps du Petit Cambodge; ils sont délicieux et pas très chers.

Je suis née un 13 (août) et j’ai passé la plupart de mon enfance et adolescence à me vanter d’être née un jour porte-bonheur surtout lorsque mon anniversaire tombait un vendredi. Certains camarades s’amusaient à me taquiner en déclarant qu’il s’agissait plutôt d’une journée porte-malheur. Je ne me souciais guère de leurs remarques, qui n’étaient autres que pure jalousie. Et puis le vendredi 13 novembre 2015 est arrivé…

Je me rappelle m’être levée et m’être dit : « voici le début d’une belle journée ». Il faisait beau. J’ai raccompagné ma soeur à la gare et je me suis baladée. Le soir, je me suis installée devant Les Experts : Miami avec ma mère et, au moment où je lui rappelais combien j’avais souvent rêvé d’une carrière dans la police scientifique, le téléphone sonna. Un ami s’inquiétait pour moi, puis un autre et encore un autre.

Cette nuit- là, mon téléphone ne s’arrêta pas de sonner. Cette nuit-là, j’eus beaucoup de mal à éteindre la télévision sur laquelle je visionnais en boucle les mêmes images d’horreur. Très égoistement, je me suis sentie protégée et soulagée d’avoir eu l’idée de rentrer à Lyon ce week-end là. Je ne pus m’empêcher de me demander ce qui se serait passé si ma mère n’avait pas insisté pour que je rentre ce week-end et si j’avais eu envie de boire un verre avec les copines au Carillon et si mon amie avait décidé d’aller au Bataclan comme elle l’avait envisagé… J’ai ressassé cela toute la nuit. Je m’en suis voulue d’être à Lyon alors que d’autres … Quelle injustice !

Ce n’est que samedi que la monstruosité des faits m’a vraiment atteinte. J’ai passé ma journée sur les réseaux sociaux à faire défiler et à partager les images des disparus. J’ai jonglé entre BFM TV et iTélé. J’ai répondu à tous les messages que j’avais reçus dans la nuit et j’en ai envoyé quelques-uns. Ouf tout le monde est en vie ! Une amie d’une amie a été blessée à la jambe au Bataclan et d’autres amis ont campé chez des inconnus mais dans l’ensemble ma famille, mes amis et les amis de mes amis sont sains et saufs. Je me suis safety-checkée sur Facebook, j’ai modifié ma photo de profil, j’ai laissé un mot sur les réseaux sociaux, j’ai partagé au maximum toutes les photos des disparus, je me suis renseignée pour donner mon sang, j’ai appelé des amis traumatisés par le souvenir des corps gisants dans les rues de Paris, j’ai allumé une bougie tous les soirs et j’ai prié aussi.

Je devais rentrer à Paris aujourd’hui mais j’ai peur. Je me sens lâche et égoïste. Je crains de ne pas supporter de vivre si près d’une scène de massacre. J’ai vu toutes ces fleurs et bougies déposées devant le Carillon et la tension et la peine qui y règnent. Je ne sais pas si je vais pouvoir le supporter et pourtant il va bien le falloir. En même temps, comment puis-je me permettre d’avoir peur de rentrer chez moi alors que je vais bien et que mes proches aussi ? Je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces familles détruites. Cet après-midi, j’ai lu l’article de Libération qui rend hommage à toutes les victimes. J’ai lu avec attention qui ils étaient, s’ils avaient des enfants, s’ils étaient plutôt du genre joyeux ou introvertis…cela m’a brisé le coeur et c’est à leurs proches que je pense ce soir. Je prie aussi pour tous les blessés qui sont actuellement entre la vie et la mort.

Il est inévitable que la vie continue mais prenez le temps qu’il faudra pour vous remettre de cette atrocité.

Prenez soin de vous
Laura

Pour info, la cellule psychologique de la Mairie, ouverte après les attaques de vendredi, est à l’écoute des témoins et riverains: appelez au 3975

Je vous invite aussi à donner votre sang si vous le pouvez. « Samedi, les stocks de sang ont rapidement atteint leur maximum, grâce à la générosité des donneurs, mais les niveaux vont rapidement baisser ». Pour plus d’informations, cliquez ICI

« Être Parisien, ce n’est pas être né à Paris, c’est y renaître »
Sacha Guitry

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3 réflexions sur “J. pour Je pense à toi Paris

  1. Vendredi soir, je m’apprête à retrouver un ami. Je jette un coup d’œil sur Twitter avant de descendre et apprends ce qui s’est passé au Petit Cambodge. Première nausée.

    A ce moment, je ne pense pas à un acte terroriste, mais à un règlement de compte par des connards qui, obnubilés par leur cible, auraient arrosé la terrasse.

    Le temps que j’arrive au café, l’œil scotché sur mon téléphone, je découvre en temps réel l’enchainement des événements. Je m’assois, je ne parle plus, j’ai beau être à l’autre bout de Paris, je suis inquiet, je ne me sens pas en sécurité.

    Je suis en terrasse, je ne préfère pas renter à l’intérieur où I-Télé est allumé. 23h, je rentre chez moi.

    Je n’allumerai pas la télévision les quatre jours suivants. Je découvre les avis de recherches sur Twitter, j’apprends à connaître ces inconnus, j’attends nerveusement d’entendre que ces gens vont bien, qu’ils ne sont que blessés, mais les heures passent, les bonnes nouvelles sont rares, les avis de décès commencent à arriver.

    Hier je ne suis pas allé au bureau. Je suis resté chez moi le matin, et j’ai marché l’après-midi, trois heures.

    J’ai marché sans but précis. Puis, j’ai vu Paris. Des cafés à chaque coin de rue avec leurs terrasses, des musées, des librairies. La liberté.

    J’ai acheté deux livres, je me suis installé en terrasse. Même pas peur.
    (J’aurai bien aimé pouvoir conclure sur cette dernière ligne.)

    Quand les gens se croisent aujourd’hui, ils ne disent plus « ça va », mais « tout le monde va bien autour de toi ? ». Autour de moi oui … mais non. On croise dans la rue des gens qui semblent désemparés, qui ont peut-être perdu quelqu’un. On a toujours en tête les visages de ces disparus, leurs sourires, leurs histoires.

    Je n’ai pas pris les transports en commun aujourd’hui, j’ai tout fait à pied. Demain … on verra.

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